← Tous les articlesEurotunnel : la relation client dans Rise Up
August 21, 2026
Mame-Mor Fall

Relation client, gamification et challenge entre équipes

Chez Eurotunnel, environ 1 000 apprenants s'entraînent à des scénarios de relation client depuis Rise Up. C'est un déploiement d'une taille inhabituelle pour de l'entraînement conversationnel, et c'est ce qui le rend intéressant : à ce volume, la question n'est plus de savoir si l'outil fonctionne, mais si les gens s'en servent une deuxième fois.

Une précision avant d'aller plus loin, parce que la confusion est fréquente. Rise Up est un LMS français, la plateforme de formation dans laquelle vivent les parcours des collaborateurs. Articulate Rise 360 est un outil auteur, qui sert à fabriquer des modules. Deux produits différents, deux fonctions différentes. Ici, il est question du LMS.

Ce que ce cas apporte tient en une phrase : la relation client ne s'apprend pas en une session, et personne ne rejoue spontanément un exercice de formation. Eurotunnel a traité ce problème avec de la gamification et des challenges entre équipes. Le volet métier du déploiement — la gestion des situations perturbées — est raconté dans le cas Eurotunnel sur la gestion des perturbations.

Le contexte : une nouvelle relation client à installer

Environ 1 000 apprenants concernés

Le dispositif s'adresse à environ un millier d'apprenants. C'est un ordre de grandeur qui interdit certaines méthodes : on ne fait pas passer mille personnes en jeu de rôle animé par un formateur, et on ne suit pas mille progressions individuelles à la main. Tout ce qui repose sur la présence d'un formateur pour chaque pratique se heurte à un mur d'organisation.

C'est le point de départ de ce type de projet. La question n'est pas « quel est le meilleur format pédagogique dans l'absolu » mais « quel format supporte mille personnes sans perdre ce qui fait la valeur de la pratique ».

Des scénarios de relation client

Les scénarios portent sur la relation client. Dans un métier de transport de voyageurs, cela veut dire des échanges qui se déroulent debout, souvent dans le bruit, avec quelqu'un qui est pressé, contrarié, ou les deux. Ce qui se joue n'est pas la connaissance de la procédure, que les équipes ont, mais la façon de la dire. Nous avons développé ce sujet dans les soft skills dans le transport de voyageurs.

C'est précisément le type de compétence que le format module-quiz ne mesure pas. On peut répondre juste à une question sur la posture à adopter et rester sans voix devant un client en colère.

Rise Up, la plateforme où les équipes vont déjà

Les parcours des collaborateurs vivent dans Rise Up. C'est là que sont les formations, les affectations, les suivis. Installer l'entraînement ailleurs aurait signifié demander à mille personnes de retenir un second accès et d'aller le chercher volontairement. Sur un dispositif dont l'enjeu est justement la répétition volontaire, c'était l'erreur à ne pas faire.

Pourquoi faire vivre l'entraînement dans le LMS

L'apprenant ne sort pas de sa plateforme

La mise en situation s'ouvre en iframe dans la page de Rise Up. L'apprenant clique, la conversation démarre, il n'y a pas de second écran de connexion. Son identité est transmise par le lancement. Ce détail décide de tout le reste : chaque friction ajoutée entre l'intention de pratiquer et le début de la pratique élimine une partie des gens.

LTI 1.3 : une déclaration, puis des lancements signés

Le mécanisme est standard. Face Up est déclaré une fois comme outil externe, les deux plateformes échangent leurs identifiants, et chaque lancement ultérieur est signé cryptographiquement. Il n'y a pas de compte à créer, pas de fichier d'utilisateurs à importer, pas de liste à tenir à jour en double. Le principe est expliqué sans jargon dans LTI 1.3 expliqué aux équipes formation, et la mise en œuvre côté plateforme dans le tutoriel d'intégration de Face Up à Rise Up.

Les résultats reviennent au même endroit

Le score sur 100 et la complétion remontent dans le LMS via le service AGS. Personne n'a à exporter quoi que ce soit ni à rapprocher deux fichiers. Pour un dispositif à mille apprenants, ce n'est pas un confort : c'est la différence entre un suivi qui existe et un suivi qu'on renonce à faire. Le détail de ce qui remonte, et de la façon de le découper en plusieurs lignes de note, est dans AGS et la remontée des résultats de soft skills.

Le vrai sujet : obtenir de la répétition sans l'imposer

Une session ne suffit pas, et l'obligation ne suffit pas non plus

Une compétence relationnelle ne s'installe pas à la première tentative. Elle devient un réflexe à force d'être rejouée, quand la bonne formulation vient sans y penser. C'est le mécanisme, et il n'a rien d'original : c'est celui de tout apprentissage gestuel.

Le problème est qu'on ne décrète pas la répétition. On peut rendre une activité obligatoire, et obtenir exactement une réalisation par personne — la première, faite à contrecœur, souvent la veille de l'échéance. Ce qui manque n'est pas la contrainte, c'est la raison de recommencer.

La gamification comme raison de recommencer

Eurotunnel s'appuie sur la gamification pour encourager la pratique. L'idée est simple : rendre visible ce qu'on fait, donner un repère de progression, transformer une tâche en performance qu'on a envie d'améliorer. Le score sur 100 n'est plus seulement un élément de suivi pour la hiérarchie, il devient un objectif personnel.

Le mécanisme fonctionne parce qu'il s'aligne sur ce que la pratique conversationnelle permet déjà : recommencer autant de fois qu'on veut, sans témoin et sans conséquence. Un apprenant qui n'a pas aimé sa performance peut la refaire immédiatement. La gamification donne une raison de le faire.

Le challenge entre équipes

Le second levier est le challenge entre équipes. Il déplace la motivation du terrain individuel vers le terrain collectif, et c'est ce qui change le plus de choses. Un rappel individuel s'ignore facilement ; l'idée que son équipe compte sur soi s'ignore moins bien.

Le collectif produit aussi un effet secondaire utile : les gens se parlent de l'exercice. Ils comparent leurs approches, se donnent des conseils, commentent les situations. La formation quitte l'écran et entre dans la conversation d'équipe, ce qu'aucun dispositif ne peut obtenir par lui-même.

Une précaution s'impose toutefois : un challenge fondé uniquement sur le classement final favorise ceux qui étaient déjà à l'aise. Ce qui mérite d'être mis en avant, c'est la pratique — le fait de s'y remettre — au moins autant que le résultat.

Ce que suit la RH

La progression sur les compétences de la nouvelle relation client

Du côté des ressources humaines, l'objet du suivi est la progression des équipes sur les compétences de leur nouvelle relation client. C'est une formulation qui mérite qu'on s'y arrête : ce n'est pas la satisfaction des apprenants, ni le nombre de modules terminés. C'est un déplacement de compétence sur un référentiel choisi par l'entreprise.

C'est aussi ce que rend possible le fait de faire remonter plusieurs lignes de note plutôt qu'un chiffre unique. On voit alors sur quoi les équipes avancent et sur quoi elles restent bloquées, ce qui est une information exploitable pour la suite du plan de formation.

L'engagement

Le second indicateur suivi est l'engagement des équipes. Sur un dispositif qui repose sur la répétition volontaire, c'est un indicateur de premier rang et non une mesure secondaire. Il dit si le levier fonctionne.

C'est d'ailleurs ce qui rend le couple gamification et challenge cohérent avec ce qui est mesuré : on encourage la pratique, et on regarde si la pratique a effectivement lieu.

Ce que ces indicateurs ne disent pas

Ni la progression sur un référentiel ni l'engagement ne disent ce qui se passe le jour où le client est vraiment en face. Ils disent que les équipes se sont entraînées et qu'elles progressent sur ce qui a été défini comme important. C'est un point de repère commun, pas un verdict, et il ne remplace ni l'observation des managers ni les retours du terrain.

Ce que ce déploiement apprend

Le levier d'usage se décide en même temps que le contenu

La leçon principale de ce cas est là. Beaucoup de projets traitent le contenu d'abord et l'adoption ensuite, quand les chiffres de réalisation déçoivent. Ici, la question « qu'est-ce qui donnera envie de recommencer » a été posée en même temps que « qu'est-ce qu'on fait travailler ». Ce n'est pas la même chose que d'ajouter un badge après coup.

Le collectif fait plus que le rappel

Entre une relance automatique et un challenge d'équipe, l'écart est considérable. Le premier s'adresse à une obligation, le second à une appartenance. Sur des équipes qui travaillent déjà ensemble au quotidien, comme c'est le cas dans les métiers du transport de voyageurs, le second levier est immédiatement disponible.

L'intégration au LMS est une condition, pas une solution

Enfin, il faut voir ce que l'intégration LTI apporte exactement : elle supprime les obstacles, elle ne crée pas l'envie. Sans elle, le levier d'usage serait annulé par la friction d'accès. Avec elle seule, il ne se passerait pas grand-chose non plus. Les deux vont ensemble, et le cadre général est décrit dans le guide d'intégration de Face Up à un LMS.

Conclusion

Ce déploiement ne prouve pas qu'une technologie fonctionne. Il montre comment on obtient de la répétition volontaire chez mille personnes qui ont un métier à faire par ailleurs : en supprimant la friction d'accès par l'intégration au LMS, puis en donnant une raison de recommencer par la gamification et le collectif.

Si vous montez un dispositif comparable, posez la question de l'usage dès le premier jour. Le paramétrage LTI se règle en une séance de travail ; l'envie de s'y remettre, elle, se conçoit.

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